Jeudi 10 avril 2008 4 10 /04 /Avr /2008 15:00

   (cliché: Delage Yvonne)


Pépé était bien sûr le métayer. Il était dans cette métairie le grand chef, le patron. Il était très intelligent et il savait régler chaque jour le travail de chacun. Bien évidemment, il aurait pu être quelqu'un d'autre qu'un paysan. A cette époque les lycées étaient réservés aux gros bourgeois. Pourtant lui-même était issu d'une de ces familles. Il avait été à l'école et il écrivait très bien et sans fautes. Le voilà avec notre chien "Renfort" qui dans les prés surveillait les vaches et boeufs. Je l'ai bien connu, il était merveilleux et tous, nous l'aimions beaucoup.
Au travail pépé était trés sobre. Oh! la boisson ne manquait pas. L'été, au travail des champs, les hommes emportaient du vin coupé d'eau, eau avec café, eau avec alcool de menthe. Dans chaque pré, il y avait une fontaine trés fraîche. Chacun se désaltérait à son goût quand pépé leur disait "allez boire un coup les gars". Lui puisait une gorgée pour alimenter sa salive et repartait. Son secret était simple: en juin il avait un noyau de cerise dans la bouche et hors saison de ce fruit, un petit caillou.
Pépé mettait des paroles sur tous les chants d'oiseaux et en patois bien sûr mais je les ai oublié. L'alouette parlait de ciel bleu. Le loriot, je m'en souviens mais la traduction en français n'a aucun sens. Il se servait d'un "appeau", j'en ai sauvé un, on souffle dedans mais aucun son n'en sort. Lui avec ce petit truc, il imitait plusieurs chants d'oiseaux à s'y méprendre.
Aux veillées d'hiver, tous nous étions réunis sous la lumière avec devant nous un bon feu de bois dans la cheminée. Les femmes tricotaient, ou brodaient, ou filaient la laine au rouet. Les hommes préparaient de l'osier et ensuite faisaient des paniers. Et pépé chantait en nous faisant chanter également. De penser à ces veillées, j'ai chaud au coeur et éprouve un bien-être peut-être difficile à comprendre. Voilà ce qu'était mon pépé. C'est lui qui m'a inculqué le mode de vie que j'ai toujours gardé dans mes épreuves.
Il faut toujours regarder le bon côté et ne jamais se laisser abattre.... 



l'appeau de pépé

(cliché: Agnès Faudeau)

Par DEBIEUVRE René-Marc
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AVAILLES-LIMOUZINE

 Cette autobiographie est directement liée à cette commune aux confins du Limouzin, du Poitou et des Charentes
Elle représente les années priviligiées du monde agricole qui ont précédées la 2ème guerre mondiale.

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