Lorsque nous étions dans la métairie, alors que j'étais enfant, les assurances sociales n'existaient pas encore. Au début de leurs existences,
on les nommait ainsi. Par la suite, après la guerre, il y eu la Sécurité Sociale, cette bonne vache à lait intarissable.
Donc les soins étaient dispensés avec les moyens du bord, enfin du domaine. Je regrette de ne plus me souvenir de l'usage de toutes les
décoctions si souvent préparées par mémé. Une rhinopharingite de maintenant que nous nous contentions d'appeler un "rhume carabiné" était soigné par des sudations provoquées au lit pendant une
journée ou quelquefois la nuit suffisait, il ne fallait pas gaspiller son temps.
Grog corsé bouillant et au lit sous les couvertures de laine et le gros édredon, une chemise de rechange pour les hommes sous l'édredon,
pour les femmes une chemise de nuit. Suivant les goûts, certains prenaient un bol de lait très chaud additionné de quelques gouttes de teinture d'iode. La laine ne manquait pas avec toute cette
tonte des moutons. Partout, nous couchions sur des "couettes" de plumes et nous ne craignions point le froid aux pieds car les lits étaients recouverts par d'imposants édredons.
Ces édredons étaient gonflés de duvet d'oie et certaines des couettes d'ailleurs étaient également garnies par ce même duvet. En
fallait-il des oies pensez-vous! Il en était élevé une vingtaine chaque année. Les petites plumes étaient employées pour les couettes mais pour les édredons, c'était du pur duvet. Les oies
vivantes étaient plumées 2 fois l'an. Dès que les chaleurs de juin apparaissaient, premier plumage et au cours de l'été, on procédait au deuxième, le cou et les dessous d'ailes étant
plumés vers Noël
Mais revenons au rhume qui sortait par les pores avec la sueur. En cas de toux accompagnant ce rhume alors là les cataplasmes à la farine de lin
soupoudrés de farine de moutarde (oh, ça chauffait) et un jour au lit en plus. Si ça paraissait plus sérieux, c'était le grand déploiement de ventouses simples ou scarifiées. J'ai un souvenir
ineffable de ces soins mais ce qu'il faut dire, c'est que ces soins étaient dispensés au malade, suant sous l'édredon avec la bouillotte aux pieds et ces liquides bouillants avalés, couché dans
une pièce où le thermomètre (s'il y en avait un) aurait oscillé entre 8 et 12°, et encore moins en cas de gros gel. Si la maladie dépassait l'ententement de mémé, pas d'hésitation, on allait
quérir le médecin. Ce n'était pas une mince affaire. Il fallait atteler le cheval au char à bancs et partir prévenir le docteur à 3kms . S'il était en visite à l'autre bout de la commune et que
sa gouvernante, cuisinière (elle faisait tout, la Pâquette), ne connaissait pas son itinéraire, il fallait attendre ou, avec le cheval, partir à sa recherche. Lorsque nous, les enfants, avions soit la rougeole, soit les oreillons..., alors là le docteur était appelé aux premiers symptômes. Je me souviens de ma
rougeole (qui ne sortait pas), le docteur est venu 2 fois dans a même journée. Je me souviens encore de sa voiture qui maintenant serait une antiquité rare.
Revenons à nos ennuis de santé soignables avec les moyens du bord. Le mot dermatologue était-il inventé? On disait peut-être en ville, un spécialite des maladies de peau. Nous simplifions tout
cela, une bonne décoction de feuilles de noyer et ça partait, et c'était, paraît-il, un bon dépuratif. Je ne me rappelle plus combien de temps durait le traitement de cette décoction mais
par contre je me souviens bien du verre de cette mixture qu'il m'a fallu avaler pendant maints et maints jours à l'occasion de cette maudite rougeole. Ce que ça pouvait être amer...mais en
contrepartie, je n'ai jamais eu de boutons...
Lorsque on ouvrait le placard à pharmacie, on n'avait pas de boîtes de comprimés, de pilules etc... comme sont encombrées nos armoires aujourd'hui mais plutôt, teinture d'iode, eau
oxygénée, fleurs de lys dans l'eau-de-vie, alcool à 90°, poudre de Vichy pour la digestion, huile camphrée pour les douleurs, sanoline = pommade pour les gerçures et sirop Vert Cadet pour les
enfants. Voici le contenu de cette pharmacie.
Mais il y avait également les boîtes à tilleul, menthe, feuilles de ronces, de noyer, camomille etc, etc... bien séchèes à l'ombre et attendant l'utilisation. Maintenant, on ne pratique plus tout
cela, on complique les maladies avec des médecines pas toujours adéquates.
Progrès, où nous mène-tu?
Encore aujourd'hui, je reste fidèle à la tradition de ma chère mémé Madeleine en
conservant mes propres fleurs de lys imbibées d'alcool....
(cliché: Christian Giraud)